Thierry Lautard

Thierry Lautard

Conseiller Général Grasse-Nord 1998-2004

Conseiller Municipal Grasse 2001-2008

Grasse
  

Lettre aux commerçants

Lettre aux commerçants

Grasse, le 18 décembre 2005

Madame la Présidente,

J'ai été interpellé dès la fin novembre par votre association au sujet des difficultés que rencontre le commerce grassois de centre-ville.

Je me suis volontairement abstenu d'intervenir publiquement de façon à ce que l'on ne puisse laisser croire que votre démarche pouvait avoir un aspect " politicien ".

Vous avez pu depuis rencontrer le maire de la ville et exprimer dans le journal local votre mécontentement. Et obtenir, grâce à votre pugnacité auprès du Trésorier de Grasse puis du Receveur des Finances, en partie réponse à vos demandes.

Je me permets aujourd'hui de vous donner mon point de vue sur l'ensemble des problèmes exposés.

Plusieurs décisions politiques de la municipalité expliquent les difficultés évoquées

1 Le " fameux " P.D.U. : afin de résoudre les problèmes de circulation à Grasse, le maire a lancé un Plan de Déplacement Urbain qui nous a coûté fort cher et n'a rien résolu. Par contre, nous en avons les avatars : sans étude postérieure pour valider le choix fait de mettre le Jeu de Ballon en sens unique, et ce dans le sens ouest-est, les travaux rendant ce sens unique définitif et irréversible ont été mis en œuvre. Pourtant, les voies de contournement de la ville (est-ouest et nord-sud) n'ont même pas connu un début de solution (pas de tracé, pas d'emprise foncière, pas de financement, ...) et si la circulation s'est un peu améliorée à certains moments de la journée, c'est en grande partie parce que les Grassois se sont déshabitués de la venue dans le cœur de leur ville.

De plus, les travaux spécifiques du Boulevard ont pris du retard tout comme ceux du Musée International de la Parfumerie, travaux qui gêneront pour un long moment l'accès au début du Jeu de Ballon. Je ne parlerai pas du choix du matériau du dallage dont l'aspect esthétique est, après peu de temps, fort contestable, ni de son entretien... Quant aux palmiers, j'avais demandé une large concertation sur le choix des essences afin de respecter l'Histoire (Grasse est la capitale de la Provence orientale) et la cohérence politique en matière économique et touristique (nous ne sommes pas une ville de la Côte, nous désirons développer le tourisme vert et être la porte d'entrée du moyen pays, d'autant plus que se développe le parc naturel régional).

Autre aspect rebutant concernant la difficulté d'accès au cœur de la ville, le coût des parkings. L'échec du marché du mercredi provient, en partie, de la non-gratuité de la première demi-heure ou de la première heure, contrairement à ce qui se passe le samedi. De nombreuses villes concèdent un avantage sur le début du temps de parcage, ce qui abaisse réellement et psychologiquement le coût de stationnement.

A Nice, du fait des travaux liés à la construction du tramway, la municipalité a proposé un allégement de la Taxe professionnelle et a mis en place une cellule d'aide aux commerçants pour remplir la demande de dégrèvement. " Vérité en delà du Var n'est pas vérité en deçà du Var ".

2 Deux Hypermarchés au sud de la ville, c'est trop. Je l'ai toujours dit et m'étais opposé en son temps au projet " Porte Neuve " qui accentuait le glissement vers le Sud de la zone d'attraction commerciale. Le projet " Monoprix-cœur de ville " avait beaucoup d'avantages tant au niveau commercial qu'urbanistique.

Il aurait permis de conserver au Centre de la ville une locomotive commerciale, avec la création d'une galerie marchande ouverte et l'implantation d'enseignes nationales, forces d'attraction indéniable, ainsi qu'une restructuration de tout le quartier, preuve que la ville historique ne s'enferme pas sur son passé et s'adapte aux évolutions de la vie moderne. Aujourd'hui, l'on peut s'interroger sur la pérennité de ce grand magasin qui a subi, tout comme les commerçants que vous représentez, une forte baisse d'activité. Le cœur de Grasse, ville de 45 000 habitants, sous-préfecture, au cœur d'une zone de chalandise de 150 000 habitants, se réduit peu à peu à n'être qu'un succédané de Saint-Paul de Vence, avec des boutiques et des restaurants pour touristes ouverts en période estivale. Quel gâchis !

Et c'est à Mouans-Sartoux, petit village au sud de Grasse, que se tient le Festival du Livre (40 000 visiteurs, la Foire du miel, 15 000 visiteurs, le marché agricole de solidarité avec le moyen-pays grassois, 10 000 visiteurs, sans parler du succès du marché de Noël, ....)

3 Pour lutter contre ces tendances accentuées par de mauvais choix, l'action municipale pourrait porter ses fruits. Le manque de cohérence d'ensemble et le peu de coordination des services ont pour conséquence, ainsi que vous le soulignez, d'affaiblir les efforts entrepris. Et il est vrai que la fin du plan FISAC privera la ville et ses commerçants de ressources supplémentaires. Une vision globale de cette problématique sera d'autant plus nécessaire tout comme il est nécessaire de travailler de façon continue (le changement fréquent des personnes chargées de l'action n'est pas gage de qualité et d'efficacité).

La FEG peut avoir son utilité, naturellement, mais n'est pas de facto la seule organisation représentante - et représentative - des commerçants. Le rôle d'une municipalité est bien de se concerter avec l'ensemble des forces vives.

5 Je pourrai rajouter l'énorme erreur d'avoir quitté Valbonne-Sophia Antipolis avec laquelle nous étions en intercommunalité, ce qui nous a privé des ressources de la technopole et réduit à une intercommunalité de taille insuffisante, source de bien des appétîts (Le Cannet, Cannes). De même, Grasse s'est séparée d'Antibes avec laquelle elle avait créé le syndicat des transports Grasse-Antibes(STGA, appelé Sillages), ce qui a eu pour conséquence de réduire le nombre d'arrêts et le nombre de lignes au moment même où s'ouvrait la ligne ferroviaire Grasse-Cannes-Nice, qui nécessite un accroissement des lignes pour " rabattre " les usagers et limiter l'usage de la voiture. Manque de vision politique, choix à courte vue.

4 Enfin, comme vous le soulignez, le cumul des mandats ne permet pas au titulaire en question de prendre son temps, d'être présent, de pratiquer l'information puis la concertation, bref de vivre dans " sa " ville, de " vivre sa ville ".

Maire, Vice-président du conseil général, chargé de la politique de rénovation urbaine, Président de la communauté d'agglomération, député suppléant (il ne faut pas l'oublier, même si la députée se fait représenter en permanence par un conseiller municipal du Cannet !) sans oublier les mandats liés (président du Conseil d'administration de l'hôpital, premier employeur de la ville, président du SYMEP, pendant longtemps président de STGA-SILLAGES, ....). Ouf ! Cela fait beaucoup pour un seul homme. " Qui trop embrasse, mal étreint ".

Je vous prie d'agréer, Madame la Présidente, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

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